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Chez les amis
La Grèce, ce n’est pas qu’Olympie…
La Grèce, ce n’est pas qu’Olympie…

Ce que nos médias ont tendance à oublier en ces temps de « records historiques » et autre « sponsoring international »…

Je n’aborderai pas dans ces pages la critique de l’idéal olympique et de sa traduction-trahison en grand-messe du fric et en baromètre géopolitique. D’autres l’ont fait certainement mieux que je ne pourrais le faire. (1)

Non, ce que je voudrais au fil de ces deux semaines olympiques, c’est partager avec vous quelques émotions littéraires et/ou historiques à propos de la Grèce.


Il est des livres-pièges qui vous engluent dans le miel de leurs mots, qui vous enserrent dans le réseau serré de leurs phrases, qui, une fois ouverts, s’imposent à vous et vous retiennent des nuits entières, les yeux rivés à leurs pages, insomniaques et pourtant comblés…

Le Dictionnaire amoureux de la Grèce est de ceux-là.

Jacques Lacarrière, faut-il encore le présenter, est une référence francophone en matière d’hellénité. Son érudition en ce domaine est vertigineuse, mais ce n’est pas la science sèche, aride, du lexicographe préoccupé de la seule exactitude : c’est la connaissance approfondie résultant d’une longue familiarité, l’omniscience affectueuse que confère une patiente intimité.

A toutes les pages, à chaque paragraphe, à chaque mot éclate le soleil généreux, coule l’eau vive, s’étend la terre nourricière de la Grèce. Ce n’est pas la seule Grèce classique que convoque au fil des définitions cette déclaration d’amour en forme de dictionnaire, mais la Grèce des temps héroïques, la Grèce contemporaine, celle des Colonels, la Grèce immortelle, celle des auteurs d’il y a trois mille ans comme celle des écrivains actuels.

On y trouve aussi bien Alcibiade, compagnon et disciple de Socrate que Constantin Cavafy que traduisit Marguerite Yourcenar, la Chimère qu’Elytis Odysséas, Icare que Nicos Katanzakis, le rébétiko que la poésie de Georges Séféris…

Quelques exemples piqués (presque) au hasard parmi une kyrielle d’autres.

Rébétiko : de rebetes qui signifie voyou, mauvais garçon, cette musique populaire est apparue au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Certains l’ont appelé le « blues grec » et il se jouait dans des tavernes appelée tekke ou dounia, où l’on s’adonnait au hashish…

Goûtez celui-ci de Robertakis (1935) :

Le testament du fumeur.

Quand je serai mort,
Mettez-moi tout seul dans un coin,
Avec mon bouzouki
Ma seule consolation.

Je ne veux ni ami
Ni compagnon ni cierge
Ni que ma bien-aimée
Vienne pleurer sur moi.

Mais plantez deux chanvres
Pour qu’ils fassent de l’ombre
Et qu’ils me rafraîchissent
Quand le vent soufflera.

Mais plantez-moi deux chanvres
Pour qu’ils donnent du chanvre
Et que la mastoura
Comble mes vieux amis.


Et celui-ci, de Bakalis (1950)


Lettre à Dieu.

J’enverrai à Dieu une lettre
Toute pleine de mots amers
Pour lui dire qu’il n’oublie pas
Quelque jour de penser à moi.

Le monde m’a trahi
Et Dieu m’a oublié.

Je lui dirai très nettement
Sans tricher et clairement
Que lorsqu’il distribue l’argent
Il le fasse moins injustement.

Le monde m’a trahi
Et Dieu m’a oublié.

J’enverrai à Dieu une lettre
Pour qu’il me donne son pardon
Et qu’il fasse que mon avenir
Ne se passe plus à gémir.



De la poésie populaire à la poésie raffinée, voici quelques vers de Georges Séféris (1900-1971) dont le thème est tiré de l’Illyade : Andromaque, veuve d’Hector remet son fils Astyanax entre les mains d’un messager afin qu’il échappe à la mort que les Grecs lui préparent…


Astyanax

Puisque tu pars, prends avec toi l’enfant
Qui vit le jour sous ce platane, ce jour
Où résonnaient les trompettes, étincelaient les armes,
Où les chevaux épuisés se penchaient sur la vasque
Effleurant de leurs naseaux humides
La verte surface de l’eau.

Les oliviers avec les rides de nos pères
Les rochers avec la sagesse de nos pères
Le sang de notre frère vif sur cette terre
Etaient une joie robuste, une règle fertile
Pour les âmes qui connurent le sens de leur prière.

Puisque tu pars, puisque se lève le jour
De l’échéance, puisque nul ne sait
Qui il tuera, comment il doit finir,
Prends avec toi l’enfant qui vit le jour
Sous les feuilles de ce platane

Et apprends-lui à épeler les arbres.

Jacques Lacarrière, Le Dictionnaire amoureux de la Grèce, Paris, Éditions Plon, 2001.

A suivre...


(1) Voir l’article de Pascal Boniface dans le Monde diplomatique de ce mois : Géopolitique des Jeux olympiques. Ou sur Impasse Sud. http://impassesud.joueb.com/news/319.shtml.


Ecrit par Marco-Bertolini, à 15:57 dans la rubrique "Evènements".

Commentaires :

  ImpasseSud
15-08-04
à 17:17

Marco,

Belle idée que la tienne! En te lisant, je viens de passer un moment agréable. Tu m'as donné envie d'aller fouiner dans la littérature grecque, qui, ici, n'est pas toujours facile à trouver si on sort des classiques.


  Marco-Bertolini
16-08-04
à 10:05

Re:

Merci pour ton enthousiasme !

Je compte publier d'autres extraîts dans les jours qui viennent.   La littérature grecque est vraiment trop méconnue à l'étranger que ce soit en France ou en Italie.  C'est dommage, car elle recèle de véritables trésors.

  Visiteur
16-08-04
à 18:03

Lien croisé

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  Visiteur
02-11-04
à 03:59

Lien croisé

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