Joueb.com
Envie de créer un weblog ?
Soutenez le Secours populaire
ViaBloga
Le nec plus ultra pour créer un site web.
Débarrassez vous de cette publicité : participez ! :O)

Dazibao


Index des rubriques

Recherche


Session
Nom d'utilisateur
Mot de passe

Mot de passe oublié ?


Ailleurs sur Joueb.com

Chez les amis
La Grèce, ce n’est pas qu’Olympie… (3)
--> Poètes grecs contemporains
Je vous propose aujourd'hui quelques poètes grecs plus récents que ceux que je vous ai (peut-être) fait découvir avant-hier, ceux de la génération d'après-guerre.

Commençons par Manolis Anagnostakis. Né en 1925, il est un peu la mauvaise conscience de sa génération, maniant avec virtuosité l'ironie et le sarcasme comme dans ce poème :


IL MANQUAIT ENCORE

Il manquait encore beaucoup de lumière pour faire jour. Mais moi
Je n'ai pas admis la défaite. J'ai vu
J'ai vu tous ces trésors cachés à sauver
Tous ces nids d'eau à entretenir dans les flammes
Vous parlez, montrez vos plaies folles dans les rues
La panique étranglant votre coeur, tel un drapeau
Vous l'avez accrochée aux balcons, et chargé en hâte la marchandise
Votre prévision est sûre : la ville va tomber.

Là, dans un coin, je mets de l'ordre, je m'applique
Prudent je barricade ma dernière guérite
Suspends au mur des mains coupées, décore
Les fenêtres de crânes coupés, tisse
Mon filet de cheveux coupés, puis j'attends.

Debout, tout seul comme avant, j'attends.

Miltos Sakhtouris est plus noir encore, carrément morbide dans certains de ses poèmes, comme dans ce poème intitulé :


LA MAUVAISE IMAGE

Des oeufs se brisaient
lachant dans le monde
des enfants malades
étoiles rompues
des colombes noires
aux mouchoirs méchants
chassaient le soleil
avec des cris mornes
la mer bouillonnait
brûlant les oiseaux
les poissons chassés
pleuraient sur les pentes
rouge et enragée
la lune hurlait
entravée pareille
aux boeufs qu'on égorge


Ce sont les mêmes teintes sombres que l'on retrouve chez Tassos Livaditis, familier du poème en prose :


GAINS DE LA NUIT

D'habitude, le jour je rêvasse ou je perds mon temps, je doute ou je m'incline, mais à la nuit tombée je cours de jardin en jardin en posant mon oreille sur l'écorce des arbres j'écoute l'antique sanglot.


Takis Sinopoulos est hanté par les images d'horreur de la guerre. Poète complexe, il est proche de gens comme Ezra Pound ou Thomas Stearns Eliot.


LE VOYAGE

J'ai mantenant dans mes entrailles un moulin, il moud la nuit noire de mon âge et je ne te dis rien des voix qui marchent dans ma tête, ou de ce fleuve que nous traversions l'autre jour et ses eaux inondant partout la mémoire - mais toi,

tu sommeillais, des milliers d'années ont passé où je t'ai tenue et j'étais pauvre transi et ma main lasse, desséchée -

ou soudain une secousse dans la lie du fond de l'âme,

qu'attendais-je, que tenais-je de toi ?


Titos Patrikios, lui, nous comble d'images et d'une langue raffinée, confinant à une certaine forme de sagesse :


VOYAGE

Je brisais ton corps avec une canne
aux articulations une à une
buvant le jus par les fissures.
Et toi tu jaillissais toujours plus intacte
me couvrant de ton bruyant feuillage
de ta fraîcheur salée de nuit marine
m'accompagnant tout au long du voyage
de la bête sauvage à l'être humain.


Et celui-ci que tous les francophones
devraient lire et relire avant de s'abandonner à la suprêmatie anglophone...

MA LANGUE

J'ai eu du mal à préserver ma langue
parmi celles qui viennent l'engloutir
mais c'est dans ma langue seule que j'ai toujours compté
par elle j'ai ramené le temps aux dimensions du corps
par elle j'ai multiplié jusqu'à l'infini le plaisir
par elle je me rappelle un enfant
et sur son crâne rasé la marque d'un caillou.
Je me suis efforcé de ne pas en perdre un mot
car tous me parlent dans cette langue - même les morts.

Pour lire les poèmes précédents : cliquez ici.

Pour les poèmes suivants : cliquez ici.
Ecrit par Marco-Bertolini, à 12:19 dans la rubrique "Evènements".

Commentaires :

  ImpasseSud
18-08-04
à 19:00

Ma langue

Non seulement j'ai lu et relu ce poème, mais je l'ai copié, puis imprimé. Je n'en connais que trop les sensations!

  ImpasseSud
18-08-04
à 19:06

Re: Ma langue

Ce poème est-il aussi de Titos Patrikios ?

Marco, j'en profite pour te dire que je suis contente de finalement connaître le sens du mot "Dazibao" :-)

  Marco-Bertolini
19-08-04
à 12:35

Re: Re: Ma langue

Oui, c'est bien du même auteur qu'il s'agit.

Pour ce qui est de la définition de Dazibao, cela faisait un moment que j'essayais d'introduire un texte d'explication, mais je n'y suis parvenu que très récemment grâce aux nouveaux mots-clés.

Au plaisir de te lire...

  Visiteur
24-08-04
à 11:58

Lien croisé

BlowSearch.com - Searches fast as the wind! : "13. Le Mural du Web - La Grèce, ce n’est pas qu’Olympie… (3)... Ce sont les mêmes teintes sombres que l'on retrouve chez Tassos Livaditis, familier du poème en prose ..."

  Visiteur
14-12-05
à 23:42

Lien croisé

Rechercher :OLYMPIE - Copernic : "Le Mural du Web - La Grèce, ce n’est pas qu’Olympie… (3)Pierredesîles, toujours sympa et digne d'un détour sur la toile ... La Grèce"



Modèle de mise en page par Milouse - Version  XML   atom